Le pouvoir de l'Unité Tome 1 : Chapitre 2 (partie 1)

Publié le par André Herbert

     Les trois scylfhs hurlèrent de terreur et se regroupèrent au fond de la salle. L’ours était armé d’une massue et fracassa les magnifiques peintures rupestres, signe de son mécontentement profond et de sa détermination sans faille. Puis, il avança d’un pas imposant et tenta de frapper les enfants. Ceux-ci esquivèrent de justesse les coups meurtriers du monstre déchainé. Il s’en prit à Lothen en essayant de le projeter avec son arme. Mais le petit évita ses attaques, usant de sa rapidité. Baïwen et Hûor se jetèrent courageusement sur la créature qui les éjecta aussitôt avec ses gros bras. Lothen plongea sur son tibia, tentant de le déséquilibrer, mais il fut violemment renvoyé sur ses camarades. L’ours des cavernes inspira, menaçant de les incinérer, mais tout à coup, une flèche jaillit de l’entrée de la salle et se planta dans son épaule. Chyn, tenant son arc à la main, se rua vers l’animal, en compagnie des autres scylfhs. Écartant les petites créatures de ses flammes, il s’élança vers le senoubaï en poussant d’affreux rugissements. Chyn dégaina Subtilité. Le monstre attaqua avec sa massue, mais le numal évita ses assauts. Soudainement, il le transperça avec son sabre dans l’abdomen avec une rapidité déconcertante.

— Quelle lenteur, constata Chyn. Inutile d’essayer de m’atteindre en donnant de puissants coups. Je peux facilement les anticiper et les esquiver.

Il sauta par-dessus l’ours des cavernes et le frappa à la tête. Du sang ruisselait abondamment. Pendant ce temps, Scylfhiûs et sa fée se dirigèrent vers les trois garnements qui se remettaient de leurs égratignures. Ils racontèrent leurs péripéties et exposèrent la découverte de la mystérieuse pierre bleue à l'azuréen. Étonné par sa beauté translucide, ce dernier ne put s’empêcher de l'effleurer. Le scylfh brilla subitement et se mit à grandir, jusqu’à atteindre la taille de Chyn.

— Enfin ! s’exclama Scylfhiûs, fou de joie. La prophétie que mon père a toujours soutenue se réalise sous nos yeux. Paco, va chercher tous les autres du campement. Venez mes amis, touchez cette pierre en phitum, elle mettra fin à ce sortilège qui nous a tourmentés pendant plus de 440 ans.

Tous se précipitèrent dessus et retrouvèrent une taille décente. Même Maylyn, qui avait également été frappée par la malédiction de Deevn, se jeta sur le joyau et grandit subitement. Les scylfhs explosaient de joie, dansant et chantant. Bishmal Mathéone avait sorti son instrument fétiche, la flute de pan et jouait à tue-tête, tandis que Chyn combattait toujours l’ours des cavernes. Esquivant et planant au-dessus de lui, le numal bénéficiait d’un avantage conséquent face au monstre qui s’affaiblissait de plus en plus. Le kandika, excédé et blessé de toute part, poussa soudainement un hurlement terrifiant et tournoya son arme, surprenant ainsi Chyn qui reçut un terrible coup. Il s’écrasa à terre, brisant son arc. La joyeuse fête improvisée par les scylfhs s’arrêta net. Mais le senoubaï se releva, évitant la massue de la créature qui provoqua un cratère béant. Tout à coup, la lame de Subtilité brilla d’un blanc éclatant. Chyn darda son sabre dans le vide et un rayon argenté fulgurant jaillit de la pointe. Il transperça l’animal d’une violence telle qu’il se mit à tournoyer dans les airs, avant de retomber avec fracas pour ne plus bouger. Les scylfhs furent époustouflés par cette botte si soudaine.

— Comment ? Comment avez-vous fait ? demanda Norwal. Êtes-vous un envoyé du Créateur ?

— Non, pas du tout ! répondit Chyn en souriant. Je ne suis qu’un simple numal s’aidant des pouvoirs de cet Univers. Ceci est l’œuvre du Shikentaï de niveau 20. Il permet à celui qui l’utilise de lancer des rayons fulgurants ou des sphères d’Energie Divine. Les niveaux de concentration peuvent atteindre des sommets insoupçonnés, après le shendaï que tout le monde possède en soi.

Scylfhiûs ramassa la pierre azur et soudain, il sentit quelque chose se remplir en lui, comme si une force quelconque l’enveloppait d’un voile si chaud qu’il en tremblait de plaisir. Cette force lui procurait énormément de bien. Le décor de la salle s’évanouit et tout devint bleu. Un bleu limpide, pur comme le cristal. Il vit alors des images qui se bousculaient dans sa tête comme dans un rêve. De vagues images représentant la nature se cognaient contre son crâne, lui inspirant terreur et quiétude. Il sentit en son être s’affluer des pouvoirs si puissants qu’il en défaillit. L'elfe de l'air se trouvait sur le dos d’une gigantesque cigogne qui volait majestueusement. Il aperçut des scylfhs et d’autres créatures s’animer autour de lui, tels des spectres. Ils détenaient aussi des pouvoirs et les utilisaient à des fins bienfaisantes. Scylfhiûs regarda en haut et entrevit une myriade d’anges qui dansaient dans le ciel, avec leurs ailes blanches resplendissantes qui projetaient une aura surnaturelle. Il se trouvait dans un endroit merveilleux, totalement coupé de l’Univers, du moins de ce qu’il en connaissait. Il respirait de nouvelles senteurs et humait un air léger et vivifiant. Mais brusquement, tout disparut, laissant place à l’horreur de la guerre. De nombreuses créatures s’affrontaient. Des flammes dévoraient une scène devenue apocalyptique. Des scylfhs mouraient. Des milliers d’armées luttant pour différentes causes se combattaient. Des machines tiraient des rayons de toutes sortes, fusant et détruisant. Des hurlements affreux et glacials résonnaient. D’un coup, tout s’arrêta. Le décor de la salle se replanta et l’elfe tituba légèrement, après ces visions de terreur. Il regarda au-dessus de lui, là où il avait ramassé le joyau. Le plafond était percé par une petite ouverture.

— Vous allez bien, Scylfhiûs ? demanda Lothen.

— Oui, je pense… Des images très violentes se sont succédées dans ma tête, mais l’essentiel demeure toujours : nous avons retrouvé notre physionomie d’antan.

— Mais quelle est cette pierre qui nous a redonné notre taille normale ? interrogea Paco. Que fait-elle ici ?

— Aucune idée ! Mais je crois qu’elle provient du ciel. Regardez le trou au plafond. En revanche, je sais que ce joyau est en phitum, un matériau que l’on trouve dans un monde peuplé d’anges. D’après mon père, un objet de cette apparence devait tomber sur cette planète et permettre à tous les scylfhs de Merveille de briser le sortilège de rétrécissement. Même un bout de phitum suffirait à l’annuler.

— Mais pourquoi Argus a-t-il aménagé cette salle aussi loin de Mastëllë ? questionna Vyni.

— Ça, je l’ignore, répondit Scylfhiûs. Par contre, je sais que mon père l’a construite pour abriter ce miroir-portail en aquaflex. Il voulait qu’il devienne un passage afin de repartir sur Tûkaï, notre planète originelle. Il ne lui restait que le phitum à mettre dans le miroir avant de prononcer l’incantation pour qu’il s’ouvre et nous permettre de rentrer chez nous. C’est-ce que nous allons effectuer, maintenant.

Scylfhiûs plongea délicatement son bras dans la glace qui se troubla comme de l’eau et récita d’une voix douce la formule. Elle s’échappait de sa bouche tel le vent mêlé à un flot de notes musicales et déversait une averse de phrases, comportant très peu de consonnes, mélangées à des sons vocaux. D’où le fait que la langue, d’une beauté acoustique, mais difficilement traduisible, ne pouvait s’écrire avec l’alphabet que nous connaissons, mais uniquement en écriture ancienne scylfhe. Voici ce qu’il prononçait :

 

Que ce miroir transparent

Devienne un passage reflétant

Tûkaï, notre planète d’antan

 

Le miroir s’illumina tout d’abord en bleu. Chyn perçut du bruit à l’entrée de la caverne et vit deux ombres se diriger vers la salle. Une spirale se forma à l’intérieur de la glace et aspira toutes les personnes de la grotte. Le miroir-portail explosa et la substance liquide l’écoula à terre. Puis le silence s’imposa.

 

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