Le pouvoir de l'Unité Tome 1 : Chapitre 2 (partie 2)

Publié le par André Herbert

Résumé : Alors que les scylfhs du petit village de Mastëllë poursuivent leur voyage en quête d'une nouvelle terre plus pacifique, les trois plus jeunes du village, Baïwen, Hûor et Lothen, découvrent une grotte avec une pierre bleue et un miroir. Mais ceux-ci sont attaqués par un kandika, un ours des cavernes monstreux. Ils sont sauvés par Chyn, un numal chat aux poils blancs rencontré par d'autres scylfhs dans la forêt aux Mille Visages. En touchant la pierre, Scylfhiûs, le chef du village, va se mettre à grandir, brisant le sortilège ayant réduit les scylfhs à sept centimètres. En utilisant un fragment de cette pierre, il va faire illuminer le miroir qui va aspirer toutes les personnes de la salle. Où ce petit monde va-t-il atterrir ?

 

 

    Après un voyage de plusieurs secondes, tous arrivèrent et furent projetés d’un autre miroir sur un sol rude parfaitement bien entretenu. Baïwen se releva difficilement. Devant lui se tenait un numal lion. Vêtu d’un long manteau richement brodé et principalement doré, il était muni d’une large épée reposant dans un fourreau en or, incrusté de pierreries colorées. Une couronne de taille moyenne, niellée de joyaux précieux et décorée de multiples formes géométriques, ornait sa grosse tête recouverte d’une épaisse crinière marron qui lui retombait jusqu’au dos. Il était grand et bien bâti physiquement. Une barbe en collier encadrait un visage plutôt carré, se prolongeant un peu plus au niveau du menton. Des soldats scylfhs entouraient cet imposant individu, tous vêtus de tuniques principalement constituées de tissus couleur blond et pointaient pistolets et fusils-mitrailleurs vers le groupe provenant de Mastëllë. Ils se trouvaient dans une vaste salle, dénudée de fenêtres. Les murs étaient lisses et arboraient une couleur pourpre. De nombreux miroirs les décoraient. Le numal lion, dont le regard violacé brillait, s’avança lentement vers eux et prononça :

—Bonjour ! Et bienvenue à la maison, sur Tûkaï.

Dès que le mot « Tûkaï » résonna dans ses oreilles, les yeux de Scylfhiûs étincelèrent.

—Quoi ? Nous… nous… balbutia-t-il, envahi par l’émotion. Nous avons enfin réussi ? Nous sommes rentrés ?

—Il me semble que oui, acquiesça le numal en souriant. Je me présente : mon nom est Shinbaï, quatrième roi des scylfhs. Vous vous trouvez ici dans le palais… Oh ! Mais que vois-je ? On dirait la pierre bleue des anges…

— Hein ? Quoi ? Mais… parbleu ! Où suis-je ? maugréa une sinistre voix

Bakra se tenait derrière eux avec son chat Azor, qui se remettait de leur voyage si soudain.

—Que fais-tu ici ? demanda furieusement Lothen.

—Oh ! Doucement ! coupa le malfaisant. Alors que je cherchais des racines de mandragore, j’ai entendu un affreux boucan dans une grotte. Je suis entré et pendant que j’ai pénétré dans la salle, je me suis senti irrésistiblement attiré et voilà que je me retrouve là…

Il regarda les scylfhs qui avaient grandi et devint blême.

—Mais… Par la barbe de Moktar Ier, bégaya-t-il. Vous avez tous poussé comme des champignons…

—Qui est cet individu ? coupa le roi. Il n’a pas l’air de faire partie de votre groupe.

—Oui ! s’écria Paco. Ce vieillard décati, alors que nous étions tous réduits à sept centimètres, a failli nous tuer plusieurs fois…

—En ce cas, il mérite la prison. Gardes ! Emmenez-le…

Quatre d’entre eux se saisirent de Bakra ainsi que de son chat qui ne comprenait rien à l’affaire. Ils le convoyèrent hors de la salle, alors que le kâal se démenait comme un beau diable.

—Lâchez-moi, bandes de brutes ! hurla-t-il. Rhâa ! Espèces de chiens de scylfhs ! Je me vengerais ! Je jure de tous vous tuer, vous et toute votre race !

—Dans vos rêves les plus improbables ! ironisa Shinbaï. Bien, à présent, venez tous avec moi. Durant l’absence de votre groupe, il s’est passé bien des choses dans la galaxie et ce que nous réserve le futur n'est guère réjouissant ! Je vais vous expliquer.

Tous, y compris maitre Chyn qui, mêlé aux autres elfes de l’air, ne comprenait pas grand-chose, suivirent le monarque à l’apparence de lion. Scylfhiûs, complètement abasourdi, continuait d’observer non sans méfiance celui qui se présentait comme le roi des scylfhs… Pourquoi arborait-il cette apparence de numal ? Les gardes du corps qui l’escortaient, des scylfhs en bonne et due forme, dissipèrent partiellement ses doutes. Ils quittèrent la salle des miroirs, accompagnés par les soldats royaux et s’engagèrent dans un long corridor en cristal transparent. Un nombre impressionnant de patrouilleurs, des travailleurs du bâtiment et de robots entièrement autonomes déambulaient, témoignant d’une intense activité. Le groupe fut subjugué par la vue qui s’offrait sur leur flanc gauche : ils se trouvaient dans une construction qui atteignait presque les nuages. Dehors, tout était minuscule. Au loin se tenait une ville semblable à une sculpture de cristal qu’un artiste géant aurait abandonnée sur une plaine envahie de gros cumulus neigeux dispersés et flottants à raz d’une terre verdâtre et fleurie. De petits points planaient tout autour de cette somptueuse cité. Constituée d’immenses grattes ciels, de grandes tours en métal brillaient au milieu de bâtiments aux toits larges et arrondis ou en forme pyramidale. L’ensemble était décoré d’arcades argentées reliées par de multiples ponts et galeries transparentes où circulaient engins volants et personnes.

Scylfhiûs, submergé par l’émotion, resta un instant le visage collé contre la vitre et admira sa planète qui avait grandement changé. Charlie, les yeux grands ouverts, se demandait si des gens comme lui vivaient dans ce monde et il imaginait les futures soirées fumerie avec de potentiels compères. Vyni trouvait les demeures d’un esthétisme saisissant. Jeleween, dont le regard violet contemplait cette vaste étendue, s’interrogeait sur l’éventualité de rencontrer d’autres races de dragons. En effet, l’adolescente vouait une passion indéfectible pour ces créatures, depuis le jour où l’un d’eux lui sauva la vie. Maylyn voletait autour de ses camarades, tentant de comprendre ce qu’il y avait d’extraordinaire. La plupart des anciens habitants de Merveille restèrent ainsi, époustouflés par ce décor qu’ils n’avaient jamais vu auparavant. Mais quelques-uns se détachèrent de ce spectacle et suivirent le monarque lion et ses gardes ; parmi lesquels l’azuréen au bonnet rouge, les trois jeunes enfants, Chyn, Siréna, Vyni et Norwal. À la fin du corridor se tenait une gigantesque salle circulaire quasiment vide de tout accessoire, à part d’un boîtier posé sur un piquet en plein milieu.

— Venez ! dit le roi. Avancez au centre, ne soyez pas effrayé...

Shinbaï pianota sur le boîtier et un rayon fondit sur eux. Ils disparurent de la salle et réapparurent dans une autre pièce, très large. Envahie de baies vitrées, une magnifique table ovale trônait au milieu, avec des sièges en cuir noir, dont deux plus grands. Le monarque invita les scylfhs présents à prendre place et déclara :

— Encore une fois, bienvenue dans ma vaste demeure, où nous nous trouvons au 859e et dernier étage, dans la Salle du Conseil. Ce palais a été construit sur les ruines de l’ancien, bâti par Deevn à l’endroit même où il s’est posé plus de 400 ans auparavant. Nous avons commencé son agrandissement et sa rénovation il y a 100 ans, soit en 593 du calendrier traïdien, bien après la guerre. Cette guerre où le sang a coulé à flots…

— En tout cas, rien ne pourrait caractériser la joie qui habite mon cœur, prononça Scylfhiûs en scrutant les environs. Mes petits scylfhs n’avaient pas tous vu le jour quand ce maudit sortilège et cette séparation nous ont frappés. Que s’est-il passé après ? Vous avez parlé d’une terrible guerre.

— Exact, dit le roi. Un conflit débuta en 535. Deevn, après nous avoir chassés, bâtit une grande armée en exploitant les ressources de notre monde. Il se lança ensuite à la conquête de l’empire des nains onorûs et réussit à fomenter un vaste ensemble politique mêlant kâal-waïs et créatures corrompues par l’or. Cet objectif atteint, un autre se dessina : il désirait se venger des bûntens qui l’avaient exilé de leur planète pour haute trahison en déclenchant une guerre. Une alliance fut alors signée, impliquant entre autres les nains kaderks, les gnomes et certaines ethnies humaines comme les vampires ou les janahaas. Cette coalition nommée Khalef-Al-Khaïd, qui signifie « les tamiseurs de l’océan », attaqua des zones stratégiques d’Alpha 13. De nombreuses races dont les humains sapiens, les elfes et les lutins s’allièrent aux bûntens. D’horribles affrontements ravagèrent de multiples planètes, mais la plus sanglante et la plus impressionnante fut celle d’Orgâl.

Le roi s’arrêta un instant et fixa d’un air grave les scylfhs qui étaient tous passionnés par le récit.

— À ce jour et pour longtemps, elle est considérée comme la bataille la plus terrible depuis le début du calendrier traïdien. Elle impliqua des milliards d’êtres vivants. Les plus puissantes races de la galaxie s’affrontèrent dans un combat sans merci. L’aube de « l’ère industrielle progressive » amena des machines atteignaient un niveau de performance jamais égalé auparavant : les naviroplanes de guerre laissèrent place aux destroyers spatiaux. Les armes à feu furent remplacées par les armes plasma et à canon électrique. Les chasseurs dépassant la vitesse du son et dotés d'un arsenal impressionnant supplantèrent les aéroplanes de l’âge moderne. L’un de mes cousins a participé à ce massacre sans précédent qu’il a narré dans ses Mémoires d’une vie d’immortel. Après des mois où tant de sang fut versé à flots, ou des corps furent mutilés, ou des existences furent brisées, l’Archange Suprême du nom de Sphatti tua Deevn. Ainsi se termina la Guerre Galactique.

— De quelle manière a-t-il péri ? demanda Norwal. Qu’est devenue la pierre rouge ?

— Personne ne sait comment celui que tous surnommaient le marabout de Kartabahn est mort, dit le roi. Deevn avait acquis une puissance dépassant celle du Grand Maïgarel. Sphatti était le seul qui pouvait l’affronter. Les deux adversaires se battirent en duel pendant dix jours entiers, usant de pouvoirs insoupçonnés et invoquant des créatures et des esprits redoutables. Toute la planète fut évacuée, hormis une ville, Partagelle, où stationnaient quelques escadrons d’Anges. Personne n’osa daigner assister au combat, car la force qu’ils dégageaient respectivement terrifiait tout le monde. Les ravages qu’ils provoquèrent furent considérables. Au terme de dix jours, alors qu’une fumée grise s’échappait du lieu de la confrontation, Sphatti apparut tel un fantôme, les vêtements en lambeaux, et se dirigea vers un groupe d’alliés avec Eshaka, prisonnière dans ses mains et zébrée de stries d’éclairs. Il assura qu’il en avait fini avec Deevn. Après la bataille d’Orgâl, les anges gardèrent le joyau maléfique pendant plusieurs années. Mais elle fut dérobée par un humain, un aventurier en quête de trésors et de pouvoirs. Il avait réussi à pénétrer dans Feyden, le monde clos et saint des anges. La pierre rouge voyagea ainsi de main en main, provoquant mort et souffrance à tous ceux qui ont eu le malheur de la posséder ou de la voler. Les anges la cherchèrent désespérément, mais maintenant, c’est trop tard. Un autre kâal-waï est parvenu à s’approprier les pouvoirs de cet objet maudit, récemment. Ce nouvel être malfaisant crée une armée de kâal-waïs sur Thantanos, un monde malsain situé à quelques milliers de kilomètres de Tûkaï. Il se prépare, d’après nos espions, à conquérir notre système AX-82. Ainsi, il veut, plus tard, s’emparer de la galaxie pour y régner et se venger de la défaite subie lors de la Guerre Galactique.

Un silence de plomb pesa sur toute l’assemblée. Quel bavard, celui-là, pensa Lothen, vautré sur son siège. Charlie dormait, la tête levée vers le plafond, en émettant un léger ronflement. Quelqu’un toussota et Baïwen demanda à Shinbaï :

— Comment avez-vous retrouvé votre taille normale ?

— Eh bien ! Deevn, ayant séparé et dispersé nos frères et sœurs, avait omis deux groupes. Ceux-ci étaient cachés dans le palais royal de l’époque, qui se trouvait au centre de l’actuelle Scylfhia-Tiren. Ils avaient évité la nuée soporifique en se placardant. Mais alors que le brouillard ne s’était pas complètement dissipé, ils s’échappèrent doucement et rétrécirent seulement. Le marabout perfide les vit et désintégra l’un des deux groupes. En ce qui concerne l’autre, mon grand-père, le roi Mushin II, défia Deevn et l’affronta dans un combat sans pitié, ce qui permit à mon père, Mushin III et à quelques membres de ma famille, d’emprunter un spéculeur galactique. Le groupe atterrit sur la planète Sibbs, située dans le système AC-32 et habitée par les alfens. Ceux-ci possédaient une lance dont la lame reflétait le matériau grace auquel on pouvait briser le sort : le phitum. Avec cette arme, ces scylfhs retrouvèrent une taille normale.

— Qu’est-ce qu’un spéculeur galactique ? demanda Vyni. Serait-ce ainsi que vous appelez les miroirs-portails ?

— Oui, sauf que ces miroirs sont bien plus évolués, permettant de rejoindre n’importe quel monde de la galaxie, pourvu que l’autre en soit équipé, grâce aux codes incantatoires. On peut activer ces passages de manière permanente, contrairement aux miroirs-portails que l’on doit redémarrer à chaque fois…

— Et la pierre bleue ? coupa Lothen qui désirait participer à la conversation. D’où vient-elle ? À quoi sert-elle ?

— Sache d’abord que les anges ont étudié Eshaka et ils ont découvert une partie de son pouvoir. Après le vol du joyau, ils ont conçu la pierre bleue, dans le but de la détruire, au cas où elle tomberait dans de mauvaises mains. Mais elle a été perdue lors d’une attaque de pirates de l’espace, alors que trois séraphins étaient partis la présenter au roi des lutins fardam, Niggs Ploudack de la planète Aryn, du système AC-32. La pierre n’a plus jamais été revue…

—Jusqu’à aujourd’hui, prononça Scylfhiûs.

—Oui, fit Shinbaï en souriant. D’ailleurs, je suis heureux que vous l’ayez retrouvé. Tous ses pouvoirs vous appartiennent et grâce à elle, nous nous défendrons contre ce maudit kâal-waï. Maintenant, nous allons fêter votre arrivée, groupe numéro… six ! Vous êtes le sixième groupe de retour sur Tûkaï, depuis que nous sommes rentrés à la fin de la Guerre Galactique. Ah ! Excusez-moi, je me dois de vous présenter deux de mes plus dévoués protecteurs.

Il désigna l’un d’eux ayant une peau basanée, un visage très lisse et des cheveux d’ébène attachés en une longue queue de cheval. Quelques mèches lui tombaient sur le front. Il était vêtu d’un pantalon plissé bleu, dessinée de bandes horizontales couleur châtaines et d’une veste ample marron. Une ceinture noire en tissu léger ceignait le tout, y compris son katana, dont le fourreau était orné d’un dragon vert. Le jeune adulte, plutôt grand, esquissa un demi-sourire. Siréna, qui l’avait remarqué depuis son entrée dans la salle, le lui rendit tout en plongeant ses mains délicates dans ses cheveux dorés. Maylyn, qui observait la scène, trouvait ceci totalement ridicule.

—Voici maitre Sprintle, le chef de la garde royale du palais. Dans sa jeunesse, il a participé à la bataille d’Orgâl et demeure l’un des rares survivants scylfhs de cette lutte atroce. Il connaît beaucoup d’arts martiaux N’Taï, mais c’est avant tout un maitre senoubaï.

—Vous également ! Figurez-vous que les subtilités de l'art Shent n’ont pas de secret pour moi aussi... Mon nom est Chyn et je suis tombé ici par pur hasard…

— Ah ? s’étonna Sprintle. Eh bien, enchanté. Bienvenue sur Tûkaï. À présent, nous comptons au moins trois maitres senoubaï sur cette planète.

—Voici, enfin, maitre Nours, dit Shinbaï. Il pratique mieux que quiconque la boxe nûkita scylfhe.

Nours, le plus impressionnant, dépassait largement les deux mètres de haut. Ce numal ours portait une longue cape bleue d’apparat. Une grosse fourrure marron couvrait son corps et son museau était très court. Il considérait les nouveaux venus d’un regard indifférent.

— Ravi de faire votre connaissance, prononça-t-il d’une voix sourde.

— Bien ! s’exclama le roi. Vous aurez tout le temps de vous connaitre. Mais à présent, allons fêter votre retour. Une nouvelle vie commence pour vous tous !

 

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