Le pouvoir de l'Unité Tome 1 : Chapitre 4 (Partie 2)

Publié le par André Herbert

Résumé : après une visite de la planète, les scylfhs du groupe numéro six rentrèrent dans leur village. Ils laissèrent Scylfhiûs et sa fée Maylyn aux soins d'un Ascendant du nom de Moyfan, dont la mission était de former le scylfh au maniement du bâton et à d'autres choses....

      Le reste de la journée et les jours suivants furent consacrés à l’apprentissage de l’utilisation d’objets nouveaux comme un téléphone holographique appelé THI, une télévision, ou un ordinateur par exemple. Mais le plus dur pour ces êtres venus d'un autre monde fut de se familiariser avec l’argent. En effet, sur Merveille, tous les habitants mettaient leur capacité au service de Mastëllë. Personne n’achetait rien, mais quelquefois, ils pratiquaient le troc ou l’échange. Ils occupaient à présent un monde certes auto-suffisant et ne dépendant d’aucune autre planète, mais où l'on devait gagner de l’argent pour vivre. Ainsi, il fallut pour eux se trouver du travail.

Malgré cela, le groupe numéro six continua d’adopter dans son enceinte le système de mise en commun des biens. Par exemple, Galahild cuisinait pour les villageois qui devaient néanmoins payer certains jours, afin d’acheter la nourriture et rémunérer les apprentis. Paco fabriquait toutes sortes d’objets qu’ils vendaient. Mais pour certains qui n’avaient jamais travaillé, comme Vyni ou Charlie, la mission de trouver un emploi se releva extrêmement difficile. Ce dernier, qui s’adonnait au mélange d’herbes diverses pour créer un « splif ultime », avait réussi à dégoter un poste de maçon et œuvrait pour la construction du dôme du Palais-Royal avec comme collègue Julie. D’ailleurs, lors de l'entretien d'embauche, le patron de l’entreprise de BTP avait été très étonné de voir cette jeune azuréenne qui remettait sans cesse ses grosses lunettes et dont la coupe de cheveux au bol enlaidissait un joli visage ovale au nez aquilin. La large robe qui l'habillait la prédestinait à n’importe quel métier, sauf celui de maçon. Mais Charlie n'avait pas lâché l'affaire.

— Si vous insistez, avait dit le chef en haussant les épaules. J'espère seulement qu'elle suivra le rythme...

Le lendemain, sur le chantier, la scylfhe portait avec une facilité déconcertante les parpaings les plus lourds, les blocs de pierre les plus imposants. Elle se permit même de prendre une poutre de plus de deux tonnes à bout de bras. Les ouvriers n’en revenaient pas :

— Et encore, elle peut arracher un séquoia géant, soutenir des maisons entières, peut-être tout le palais, qui sait, disait Charlie.

— D’où lui vient une telle force ? demandaient les travailleurs, stupéfaits.

— De sa curiosité... Enfant, elle a bu par mégarde une potion conçue par notre chef et alchimiste, donnant cette capacité de casser et de soulever presque tout. Et depuis, elle conserve cette faculté.

Vyni et Siréna, les deux inséparables, ouvrirent un salon de coiffure qui faisait également office de magasin de vêtements. Malgré les premiers jours difficiles, il marchait assez bien. Bishmal Mathéone et son groupe du même nom réussirent à se procurer divers instruments grâce à la générosité du roi. Ainsi, ils reprirent leurs répétitions et après plusieurs séances d’entraînement, se lancèrent dans une série de concerts sur l’Andamara. Leur style de musique, plutôt traditionnelle, proche de la country actuelle, n'attirait pas une foule immense, mais ils faisaient leur chemin, tout en découvrant de nouvelles sonorités. Les jumelles, ne savant quoi faire, se remémorèrent le scylfh qui les avait abordés lors de la première soirée sur Tûkaï. Elles allèrent à ce fameux gratte-ciel et retrouvèrent Kewilan. Totalement ravi de voir les jeunes demoiselles, il leur fit signer derechef un contrat, leur assurant un travail à deux.

Mais tous ne voulaient pas se mettre à l’ouvrage et beaucoup continuèrent à ne rien faire, ou du moins, pas grand-chose. C’était le cas, par exemple de Jeleween qui, malgré sa nouvelle demeure, se conduisait toujours comme une sans domicile fixe, squattant chez d’autres de ses confrères. Elle poursuivait ses études sur les dragons…

La plupart des gens du groupe numéro six ne portaient plus de vieux vêtements en coton, aux tons criards, mais de superbes tuniques en textile synthétique, fabriqué à partir de soie renforcée ou de phasalte, un matériau qui résistait à toutes les conditions extrêmes. Baïwen enfilait souvent un pantalon en phasalte bleu, accompagné d’une chemise claire avec motifs sombres en écriture scylfhe et une veste courte. Hûor, lui, optait la plupart du temps pour un habillement plus décontracté, avec un pantalon ample et plissé et un gilet, sans rien en dessous. Quant à Lothen, sa tenue ne manquait pas d’originalité puisque son jean descendait d’un côté jusqu’à ses chevilles et de l’autre, s’arrêtait au niveau du genou.

Baïwen et son ami étaient sous l’égide de Sprintle, résolu à initier les deux enfants au contrôle du Shikentaï. Le senoubaï avait, malgré tout, hésité pendant plusieurs jours, mais il accepta, après une explication détaillée de ce qui les attendait. Chyn et Sprintle décidèrent de mettre leurs efforts en commun, afin d’offrir aux trois petits un début de formation complet. Pour cela, ils commencèrent par la première phase : l’initiation aux deux EN. On leur lançait du Shikentaï dans leur corps de manière brute : les deux maîtres attiraient l’énergie en eux en se concentrant de toutes leurs forces. Une lueur parfois blafarde, souvent lumineuse émanait alors du sol, mais aussi des cieux et pénétrait en eux et ils renvoyaient leurs bras sur leurs disciples. Le premier choc fut rude pour nos trois élèves, surtout pour Hûor, qui s’évanouissait de temps à autre.

Quant à l’Energie Universelle, les deux combattants, qui ne la maîtrisaient évidemment pas, la firent projeter grâce à des artefacts imprégnés par ce fluide, sous forme de pierres ébauchées. L’énergie dégagée semblait identique par la forme, mais vraiment différente par le fond et si Hûor paraissait plus réceptif à ce flux, ses deux camarades tombaient dans les vapes à chaque fois qu’ils accueillaient en eux ce halo.

—Cette première étape vous permet de découvrir les deux Energies Naturelles et de les ressentir en vous, disaient les deux experts. Vous allez devoir choisir l'une d'entre elles, qui deviendra votre alliée pour la vie...

Alors que les jours s’écoulèrent, les trois petits sentaient en eux une attirance pour l’Energie Divine. Tandis qu’ils pouvaient faire circuler cette énergie dans leur être, Sprintle et Chyn entreprirent la deuxième phase : la matérialisation. Ils leur ordonnèrent de la mettre sous forme de taywana de flammes, de vent ou d’eau. La tâche fut ardue et penser l’eau, le feu ou les éclairs ne suffisait pas à les faire apparaitre.

— Pour façonner un objet, une forme, un matériau, il faut en connaitre sa composition, indiqua un jour Sprintle alors que les gamins écoutaient leurs enseignants pieusement. La connaissance vous permettra de créer ce que vous souhaitez.

Ainsi, Baïwen, Lothen et Hûor passaient également la majeure partie de leur temps le nez dans les livres rédigés par de grands maitres N’Taï sur la matérialisation des éléments. Ils expliquaient de manière bien plus détaillée ce qu’évoquait Sprintle. Dès lors, les trois disciples commencèrent bientôt, à force d’entrainement, à générer des taywanas de flammes et d’éclairs. Sprintle et Chyn leur faisaient aussi soulever des objets plus ou moins lourds par télépathie. Chaque fois que Baïwen demandait à Sprintle quand il se déciderait à lui inculquer l’art Shent, l’art de combattre au sabre ou à l’épée en utilisant le Shikentaï, qui fera de lui un senoubaï ; celui-ci lui répondait toujours :

— Dans son apprentissage du vol, ne brusque pas l’oisillon. Sinon, il risque de ne pas se contrôler et de s’écraser… Commence déjà par maitriser la matérialisation par l’Energie Divine et nous verrons…

Lothen aussi voulait qu'on lui enseigne les facettes de cet art martial N’Taï, mais Chyn répliquait systématiquement de la même façon:

— Tu es trop jeune et pas assez expérimenté. Tu dois parachever l’initiation. Apprends à connaitre le Shikentaï que je te projette. Différencie-la du Shakkûtaï qui est en ton Énergie potentielle. Maitrise correctement tes matérialisations. Après, quand le moment viendra, je te montrerais comment attirer l’Energie Divine en toi.

— De toute façon, peu importe ! s’exclama Lothen. Depuis que je vous ai vus combattre contre l’ours des cavernes, j’ai envie de devenir plus fort que vous. À tout prix !

— Bien ! murmura Chyn en souriant. Tâche de toujours conserver cet état d’esprit que tu as là. Mais si tu veux me dépasser, soulève-moi donc cette Karlene, sans t’en saisir de tes mains, d’au moins deux mètres.

Mais Lothen avait beau tendre ses mains vers la voiture en projetant un flux d’Energie Divine, il réussit à l'élever que de quelques millimètres…

Parfois, Wolfgang, le nouveau chef de Mastëllë, passait devant eux et, les voyants peinés dans leur entrainement, il ricanait et lançait souvent :

— Vous perdez votre temps avec ces trois-là ! Ça joue les déterminés, ça veut apprendre, mais ça fuira quand les difficultés vont commencer sérieusement… comme pour la blondinette.

Mais les trois gamins, résolus à poursuivre, l’ignoraient et continuaient avec acharnement à pratiquer les exercices donnés par leurs maîtres respectifs qui ne comprenaient pas les paroles du tryen.

Commenter cet article