Tombé les voiles (1ere partie)

Publié le par André Herbert

Voici une nouvelle que je devais écrire pour un concours dont le thème était intitulé "Tombé les voiles". N'ayant pu envoyer le manuscrit à temps ni même l'achever, j'ai décider de le publier sur le blog, ce qui me donnera l'occasion de le terminer. Cette histoire se passe sur une planète de l'Univers d'Arwilhan, du nom d'Hilgarne, à une époque où les Arwilhaniens de toutes races voguaient sur les mer, mais aussi dans les airs, pour des destinations lointaines, en quête de trésor et de gloire...

 

 

-Jamie ! Viens voir ce bateau !

Sa petite sœur, Mélia, le tirait avec énergie vers les bords du quai noir de monde. Le noir avait d'ailleurs envahi le ciel, malgré quelques rares étoiles perceptibles par l'œil le plus avisé. Une brise fraiche soufflait, provenant du large, éclairé par les deux lunes. Cet air apportait une sensation de bien-être, après cette longue et chaude journée d'été. Jamie admira la beauté du gréement que lui montrait sa sœur : de bonne taille, il comportait quatre mats qui grimpaient très haut, des voiles blanches parfaitement retroussées, des cordages superbement entretenus, une coque propre et luisante. Il se remémora ses très jeunes années, où il jouait au navigateur avec ses amis, lorsqu'il partait en classe de mer. Que ce temps lui semblait loin à présent. Les préoccupations actuelles l'empêchaient de se remémorer cette période d'insouciance. Mais en cette douce soirée d'été, il pouvait se le permettre. Jamie observa ce bateau baptisé « Tombé les voiles ». Il s'agissait du vaisseau amiral, le plus important de la flotte de la Marine Planétaire d'Hilgarne. Le quai où ils se trouvaient en comportait d'autres de taille plus modeste, mais tout aussi admirables.

-Il est splendide, dit Jamie en hochant doucement la tête. Quelle puissance ! Quelle majesté ! Il me donnerait presque envie de tout laisser pour prendre la mer.

- Prendre la mer ? Mais pour quelles raisons ? demanda Taranià, la mère de Jamie, juste derrière. Tu travailles dans une banque et tu occupes l'un des postes les plus importants. De plus, tu gagnes très bien ta vie. À quoi cela te servirait-il de tout gâcher ?

- Je disais cela comme ça, maman, dit Jamie en haussant les épaules.

Et pourtant, une partie de lui hurlait le contraire. Cette phrase n’était pas sortie juste « comme ça ». Qui sait de quoi l’avenir sera fait. Mais effectivement, sa mère avait raison. Son poste de sous-directeur de la banque C3H lui rapportait largement de quoi vivre dans un monde sans pitié. Ce métier lui procurait aussi une sécurité dont beaucoup de personnes aspiraient à avoir. Le chômage touchait bon nombre d’habitants de la ville côtière de Trich-Bane. Sa gloire passée tirée du commerce de phairmys, un minerai couleur mauve, avait laissé place à une période bien moins faste, notamment à cause des attaques de plus en plus nombreuses des pirates. En effet, depuis la mort du comte du pays de Loway, l’insécurité s’était installée sur toute cette partie du continent d’Arvalène. Les choses allaient mieux depuis l’arrivée au pouvoir des Rackhman il y a un an, la branche cadette de la famille royale de la planète Hilgarne. D’ailleurs, la fête qui se déroulait au port, célébrait non seulement les 1 673 ans de la ville, mais le comte avait invité le roi en personne et la flotte de la Marine Planétaire. Rackhman tenait aussi à montrer le nouvel arsenal maritime déployée par la famille nouvellement en place. Des navires toujours plus grands et plus armés qui, en dépit de leur modeste taille par rapport à ceux de la Marine Planétaire, avaient considérablement réduit les exactions extérieures. D’ailleurs, en continuant leur chemin en direction de la Baie du Vieux-Port, la famille Ricks put apercevoir les bateaux militaires de l’armée comtale : de magnifiques navires dont la longueur avoisinait les 40 mètres. Les dizaines de canons qui pointaient de chaque côtés, semblaient être une barrière infranchissable, mais protectrice pour les habitants de la ville. Mélia s’agrippa au bras de son frère et prononça : 

- Ils me font peur ceux-là.

- Ne t’inquiète pas, leur mission est de nous protéger des pirates et des corsaires qui nous attaquent. Ils ne te feront aucun mal.

- Ah ! Tu me rassures ! Est-ce vrai ce que l’on dit à propos des pirates ?

- Qu’as-tu entendu à leur sujet ? demanda Jamie.

- Et bien… Au collège, notre professeur d’histoire nous racontait l’histoire de l’un d’eux, un certain Darcos Hélias Frèl. On le surnommait le pirate-vampire. Il provenait d’au-delà du ciel, avec son bateau, le Daes Vidalia et attaquait uniquement la nuit les villes portuaires ou les navires voguant imprudemment en plein océan. En plus de voler or et marchandises de valeurs, lui et ses hommes buvaient le sang de leurs victimes, ce qui les préservait du vieillissement et de la mort. On dit même que lorsqu’il arrivait, le temps devient brumeux.

- Allons ! Ce ne sont que des légendes, même si certains aspects sont vraisemblables…Et puis, il est mort depuis des siècles….

- Peut-être, mais les vampires sont immortels, non ?

- Personne n’est immortel, dit Naplöen, le père de Jamie et Mélia. La mort nous frappe tous, tôt ou tard, y compris nous, de race elfique. 

Une détonation immense retentit soudainement. Le ciel s’illumina de rouge puis de jaune. Des traits lumineux jaillissaient du côté ouest de la baie du vieux port et explosaient en une gerbe de couleurs multiples.  Jamie accéléra le pas avec sa famille et traversa comme il le pouvait la foule. Le moment qu’il préférait par-dessus-tout de cette soirée provoqua en lui une émotion et une fascination incroyable. Plusieurs feux dessinèrent des musiciens, des danseurs en train de divertir la foule, mais également des animaux et des créatures diverses peuplant la planète : des dragons qui dansaient dans la nuit en rugissant, des oiseaux géants comme l’azora, les immenses freerons des contrées nord et leur grosse fourrure. Mélia applaudissait en sautillant, tandis que le les parents, peu attirés par ce genre de spectacles, continuaient d’admirer les navires.  Peu importe. Jamie appréciait l’armada déployé par les artificiers. Il aurait tellement voulu en être, lui, le passionné de bâtons explosifs. Il entretenait cette flamme depuis son enfance et avait même, fut un temps, hésité à embrasser une carrière d’artificier, connaissant même quelques aspects de ce métier très exigeant. Mais ses parents avaient balayés très rapidement cette perspective, l’obligeant presque à entreprendre des études dans la finance, qui pouvaient rapporter bien plus d’argent. Mélia le troubla dans ses pensées. 

- À quoi penses-tu Jamie ? demanda-t-elle.

- Heu…Et bien…. Aux ingrédients qu’ils ont utilisés pour permettre ces feux d’artifices. Par exemple, pour le dragon, ils ont dû mettre des billes de poudre pyrociel dans trois fusées à plusieurs étages. Pour le freeron, ils en ont surement utilisé deux.

- Combien de temps mettent-ils à fabriquer ces fusées ?

- Plusieurs semaines parfois, répondit Jamie. Le dosage de la poudre est très important et…

Une lumière aveuglante le coupa net. Une immense flotte de navires apparut dans le ciel, toutes voiles dehors. Ils grimpaient dans le ciel puis descendirent sur la mer avant de disparaitre en explosant. Des milliers d’étoiles éclaboussèrent sous les applaudissements frénétiques de la foule. Jamie fit de même et en levant les yeux au large, il constata plusieurs navires avancer rapidement. Il trouvait cela plutôt étrange, à une heure si tardive, de naviguer à la lueur des deux lunes. Une légère brume semblait les recouvrir. Il regarda sa sœur d’un œil inquiet, repensant aux histoires qu’elle lui avait racontées et jeta de nouveau un regard vers la mer. Les navires avaient disparu.